19 décembre 2007
Morceaux Poétiques
Elle glisse comme une étrangère le long des meurtres palis de sa mémoire.
*
J'avance aussi les poches trouées
Rien ne fuit,
et les doigts se mordent surtout les doigts
*
Je plonge dans la mer blanche que mes yeux regardent à vide au bord d'un hiver d'où la mer plonge en elle-même.
01 décembre 2007
C'est peut-être le vent, ce courant mou, violent, d'une vie parfaitement cachée, qui me donne le plus envie de m'étendre.
Je suis là, je ne suis qu'une feuille, je passe, l'air de rien, l'air naturel, au dessus du fleuves, de ses vaguelettes illusoires.
Où suis-je ses vaguelettes ?
10 novembre 2007
De la perméabilité aux flux du monde
Il est des jours où je tombe, je glisse et m'ennuie.
Mais je tombe tout doucement comme sur une pente très douce, sur une couverture de laine ou en velours.
Un retour au ventre de la mer, ou un morceau de nuage.
Une chute un peu comme un envol et l'étreinte de l'air autour se fait caresse douloureuse mais caresse toujours.
Tout me traverse et fuit et, tandis que mes sens sont perméables aux flux du monde, il en passe parfois de si forts, qu'il ne me parait possible d'en goûter que le flottement froid qui submerge, une vacante désespérance.
Ainsi que tout le reste, mon identité flotte et s'évapore dans le flux perpétuel. Un nom n'a plus de raison d'être, de pouvoir quelconque, il n'est que l'effort vague pour pêcher ce qui ne peut l'être.
Je n'ai donc plus du nom, et de même, les noms de tous s'en vont.
Etre si avidement perméable me soumet au danger de la noyade. Ces vagues de sensations qui animent et bercent mes secondes, les illuminent même bien souvent, peuvent être de bien cruelles ennemies : Ici, lorsqu'une tempête fait rage soudain et que le silence roule avec fureur l'écume de ses profondeurs, alors je ne suis plus qu'un grain de sable impuissant, perdu dans le mouvement abyssal.
Et ce devient une errance très douce. Il n'y a pas de douleur fulgurante, avilissante, acharnée. Le flux m'entraîne, soumettant ma volonté à sa force motrice.
J'ouvre la fenêtre avec le geste bleu du matin, écarte les rideaux.
Fais chauffer un thé.
Evolue dans les rues. Vogue, flotte.
Je me sens à peine.
Je me sens ne pas être.
"Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself"
Je me sens d'humeur à m'envoler et depuis ce matin, cettephrase me trotte dans la tête en rond.
En rond, elle tourne, me fascine, aère d'aucunes des formes vivantes alentours. Qui est là, qui ne l'est pas. Cette phrase, la sournoise, me caresse.
"And then, thought Clarissa Dalloway, what a morning - as if issued to children on a beach.
What a lark ! What a plunge !"
Seulement ça : What a morning !
Qui se lève puis se baisse inlassablement.
Et de même à l'image du temps, je m'étire, m'élève pour retrouver ensuite le bas.
Rien ne dure pourtant. Pas même le bas.
Et ainsi, à nouveau l'élévation prochaine.
Le jeu de yoyo incessant.
Equilibre, équilibre. Toujours et le plus dur.
Mais ce bas, qui revient assidu, ne glisse-t-il pas en moi, à force de retour, des souffles froids qui s'emprisonnent profondément ? S'attachent à mes os et les glacent ?
Me donne le goût terrible de la submersion, de l'oubli de soi dans ce qui n'a ni goût ni odeur, dans la futilité de l'existence.
L'addiction à la mer ; à l'évanouissement.
Je ne suis peut-être plus tout à fait une femme en certains jours mais deviens ce flux qui me noit.
"She sliced like a knife through everything ; at the same time was outside, looking on. She had a perpetual sens, as she watched the taxicabs, of being out, out, far out to sea and alone ; she always had the feeling that it was very, very dangerous to live even one day"
18 octobre 2007
L'écriture fragmentée
Fragments : relans inattaquabes où le friable ne s'agglomère pas. Car l'écrit ici n'est en aucun cas un artifice de ligatures fantasmées et travaillées mais révélation de la nature éclatée de l'être.
Il n'y a pas à se consoler, s'enrober de sucre, de chimères.
Dire ainsi les bons de pensées, les fulgurances intérieures en un instant donné. En souligner dans un souffle les corrélations ou les dissentions mais ne pas les broder faussement, les inventer plus ou moins qu'elles ne sont.
Dire les bons au vol avec la lucidité absolue de ce qui échappe, de l'insaisissable. Ecrire avec humilité et brièveté extatique. Un point à l'angle de la subjectivité de l'écrivant (L'objectivité est soit un leurre soit une prétention) en amène un autre, puis un autre. Cette multitude de points tracés côte à côte constitue une géométrie intérieure de l'être qui subsite fragmentée et assumée comme tel.
Car autant que l'on puisse en découvrir d'un être, y compris de soi, la majeure partie nous reste facétieusement tenue secrète.
Toujours l'intime pulsation de la recherche, de creuser inlassablement pour sortir quelques éclats et comprendre tout en même temps, l'impossibilité de trouver un jour vraiment entièrement l'être. Ecrire en étant tout à fait humain. Avec le corps. Il s'agit d'être absolument impliqué, les mots sinon ne seraient que des artifices creux. Pour exprimer le mouvement des éclats, il y a le feu du corps tout autant que l'azur de l'esprit.
Equilibre, tension aléatoire, que l'écriture saisit sans complaisance.
21 septembre 2007
Mettre à distance, Etre Humain
L'Icone m'apparaît comme une médiation, le moyen de réfléchir sur l'immanence et la transcendance tout à la fois, de vivre et de se créer humain.
Exploiter l'image, nommer les dieux et les placer à distance necessite la pleine acceptation de son humanité, dans ce qu'elle implique de finie face à l'infini. Non comme une fatalité, ou un engourdissement agréable dans la médiocrité mais bel et bien une lucidité.
Le refus de mettre à distance pour comprendre, au nom d'une proximité fulgurante n'est que le reflet d'un amour narcissique, cette envie passionnée de fusionner avec Dieu (Le Monde, l'Ordre premier, l'Un, le Néant, le Chaos, Mouvement Perpétuel, Ce qui n'est pas et qui engendre pourtant ce qui est, appelons-le comme bon nous semble) devient futile et égotique. La lucidité d'être met précisément l'égo à mal, le tire par l'oreille pour lui indiquer la réalité. Tu n'es pas Dieu, et ce désir de transcendance pure place l'être dans l'inconfort de n'être pas Dieu mais de n'être pas humain non plus, détaché de ce qui fait son humanité et le relie aux autres. Et il ne vit plus, il survit dans l'opacité et l'absence de repères au monde.
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La colonne vertébrale fait l'Homme. Il n'y a pas de pur esprit, il n'y a pas d'accession à une pure transcendance possible. Si esprit il y a, vivant, gonflant sous le souffle impétueux de l'existence, c'est tenu par la colonne élancée, tendue vers le haut et reliée à la terre, au physique, à la matérialité de l'être.
Par la colonne et la manière de se tenir, de se mouvoir, on voit l'être, on le lit comme un livre ouvert. La colonne est force et faiblesse, force car elle fait vivre, et faiblesse dans ce qu'elle est vrillée ou malhabile, douloureuse ou imparfaite ; son impossibilité chez tout un chacun à être parfaitement droite et stable est expression de la fragilité d'être.
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Accepter la dualité entre le fini et l'infini, la force et la fragilité. Être homme, c'est être le lien entre la poussière et l'esprit.
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Je m'ébats entre l'azur et le feu.
Ici présente.