Estrella Oscura

Billes Solaires

15 novembre 2007

Poème chinois

Froide nuit
Jie Xi Sī (1274 – 1344)


Entre les étoiles éparses gel et givre emplissent l’espace,
Baignent la lune, détrempent les arbres si peu.
Dans la maison vide, quelqu’un ne dort pas ;
Par moment, un bruit : une feuille chute.

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14 octobre 2007

A propos du Haïku

Le Haïkaï, les épigrammes lyriques du Japon
Paul-Louis COUCHOUD, ed. La table ronde

"Plus facilement qu'un objet de détail, les trois petits traits pourront faire entrevoir un large paysage. Leur brièveté est plus à le mesure de l'immense que du minuscule. Ils sont semblables à une vibration qu'aucune autre ne limite et qui s'élargit d'elle-même presque indéfiniment."

*

Un pétale tombé
Remonte à sa branche :
Ah ! c'est un papillon !

Aradika Moritake (1472-1549)

*

Cette corolle de lys
Veut continuellement
Me tourner le dos

Shiko


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A propos de Guy Viarre

Tautologie une & autres textes
Guy VIARRE, ed. Flammarion Poésie

Quand la gelée n'est pas gardée et qu'elle est sur les bêtes et sur la langue labrée de la parole

Je suis celui qui parle intense

*

Détruire régulièrement rentrer

.

.

.

.

.

Le corps doloriste vraiment couvert de soi de la peau cette définition

Cette confirmation distance à tendre

.

.

.

.

.

et craie désertée défaite démontée on croit se tenir dans les distances


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02 octobre 2007

A propos de Rousseau

Les rêveries du promeneur solitaire
Jean-Jacques ROUSSEAU

Lointain, loin des hommes, par contrainte ou par choix (contradiction), il s'emploie à justifier sa solitude.
Il décortique ses actes, sa manière d'être, décrit ses activités, rêveries, réflexions pour en démontrer le bien fondé. Il est dans une posture systématique de justification, persuadé d'être rejeté et persécuté (paranoïa).
Cette posture donne à sa solitude, qu'il nous assure délicate, une saveur d'engourdissement, de glue paralysante.
Il tente péniblement de la faire sienne, cette solitude, de la baliser et de la rendre ainsi plus sécurisante, se persuader qu'elle est son propre choix.
Il ne tire pas d'enseignements, il subit.


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22 septembre 2007

A propos de Li Po II

Ivre de Tao : Li Po, voyageur, poète et philosophe en Chine, au VIIIe siècle
Daniel Giraud, Coll. Spiritualités vivantes, Ed. Albin Michel

J'ai bâti ma maison parmi les humains
Mais nul bruit de cheval ou de voiture ne m'importune.
- Comment cela se peut-il ?
- A coeur distant, tout lieu est retraite,
je cueille des chrysanthèmes sous la haie de l'Est,
je contemple paisiblement la Montagne du Sud,
Le soir, l'air des cimes est doux,
Un à un les oiseaux y retournent.
Là est là vie véritable,
Ineffable.

Tao Yüan Ming

*

Le grand Phénix a pris son vol- ébranlant l'octuple univers ;
Mais au coeur du ciel il défaile- ses forces ne le soutiennent plus.
Le vent qu'il laisse stimulera- dix mille générations :
Naviguant vers le mûrier solaire- il pend sa manche à un rocher.

Dernier poème de Li Po


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17 septembre 2007

A propos de Michel Leiris II

L'âge d'homme
Autobiographie de Michel Leiris

Reprises des Impressions en vrac

A travers cette extrême lucidité point une posture de torrero comme il l'explique dans sa préface. Signe d'un profond narcissisme, d'une mise en scène travaillée où il est celui qui brille. Narcissisme dans cet attrait pour la gloire, gloire qui vient d'une vraie mise en danger (de mort pour le matador), une exposition à l'incertitude, une prise de risque. Besoin de sentir que tout peut s'écrouler pour se sentir vivre.

Goût d'un tragique folklorique dans la peur de la mort.
Angoisse et attirance : Michel Leiris est un sociopathe profond, incapable d'apprécier ce qu'il a s'il n'a pas conscience et ne sent pas à chaque instant qu'il peut le perdre. Pas d'émotions simples, tout doit être éclatant (dans le bon ou le mauvais), sensation violente, toujours en recherche. Jamais satisfait, jamais comblé. Rejoint l'idée de combler, nier l'impossible.

Conscience de sa faiblesse face à la vie, aux choses de la vie, aux relations. Passivité, absence de souffle de vie, d'émotions. Il tente de dépasser cette faiblesse à travers cette posture d'écrivain comme toréro : Affirmer sa faiblesse, sa bassesse est se mettre à nu, dans une posture dangereuse face à autrui, qui lui donne un bref instant la sensation d'exister.

Littérairement, Michel Leiris est novateur dans son approche de l'autobiographie et crée des liens entre vie et art absolument déroutants et savoureux. Sa prose est lumineuse.

Humainement, Michel Leiris est pourri de l'intérieur, totalement lâche et presque détestable. L'archétype de looser, en fait, qui s'est fourvoyé dans une idée d'opéra de l'existence pour n'être finalement qu'un bloc de pierre sans vie véritable.

La force de son art sublime la bassesse de son être.


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16 septembre 2007

A propos de Li Po

Ivre de Tao : Li Po, voyageur, poète et philosophe en Chine, au VIIIe siècle
Daniel Giraud, Coll. Spiritualités vivantes, Ed. Albin Michel

Prends soin que jamais ta tasse ne reste vide en face de la lune, telle est l'activité du poète libre, buveur et musicien.

Ni Morale, ni Ideal. Laisser aller les élans dans la mouvance, spontanés et naturels.


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14 septembre 2007

Sixtine

Sixtine
Rémy de Gourmont

"Che senza speme vivemo in disio"

"Et sans espoir vivre dans le désir". Sa triplicité, divison scolastique bien élémentaire, il l'exprimait ainsi :
Une âme qui veut, une âme qui sait l'inutilité de vouloir, une âme qui regarde la lutte des deux autres et en rédige l'Iliade."


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12 septembre 2007

Conte maya

L'homme mangé par un jaguar

Dans Contes et récits des Mayas

Coll. Aux origines du monde, Flies France Editions

Nos ancêtres étaient de grands hommes. Des hommes courageux et travailleurs. Ils connurent des temps difficiles et des évènements étonnants. Ecoutez donc. Voici l'histoire extraordinaire et même effrayante arrivée à l'un d'entre eux.

Ils étaient plusieurs à être partis travailler sur la côte sud. L'homme à qui cette histoire est arrivée était très travailleur. Chaque jour, il empruntait la piste pour se rendre à son travail, marchant pieds nus dans la poussière brûlante. Ses compagnons, eux, portaient au moins des espadrilles. Mais lui ne faisait aucun cas de ses pieds blessés. Une nuit, un de ses compagnons entendit ses orteils se plaindre :
- J'en ai assez de cette vie, j'en ai assez d'être sans cesse brûlé, je préfèrerais en finir, disait l'un d'entre eux.
Et celui d'à côté lui répondait :
-Oh oui ! Moi aussi je souffre. J'espère que mon calvaire va bientôt prendre fin.
[...]

Cela se reproduisit les nuits suivantes et quelqu'un d'autre finit par entendre les doigts de pieds parler entre eux. C'est ainsi que tous décidèrent d'écouter.
Le lendemain, ils décidèrent de raconter à leur camarade que ses doigts de pied parlaient la nuit. L'homme n'en crut pas un mot. La nuit suivante, ils entendirent les orteils qui disaient :
-Et si nous invitions le jaguar : Il nous prendrait, comme ça on pourrait enfin en finir. Les camarades comprirent effrayés que leur ami était déjà entre les mains de la mort parce qu'il n'avait fait aucun cas de son corps, il n'avait pas su s'en occuper.
[...]
Et le jaguar arriva, il demanda aux orteils de qu'ils voulaient. L'un d'entre eux lui dit :
-Nous t'avons appelé pour te demander de nous rendre un service. Prends-nous. Nous n'avons que trop souffert et il n'y a personne pour nous aider. Seulement il y a une condition, il faut que tu mettes nos os en lieu sur, à l'abir de la lumière et tu les recouvriras de feuilles.
-Je viendrai dès demain, répondit-il.

Le jaguar était très grand et très fort ce qui ne fit qu'augmenter la peur des hommes. [...] Le soir venu, ils se mirent à planter des piquets et à tendre des cordes pour attacher leur camarade. Puis ils se mirent à attendre et attendre encore et ils finirent par s'endormir. Personne ne sentit le jaguar qui venait prendre leur ami. Qui sait comment il a réussi à l'emmener malgré toutes les cordes qui le retenaient. Ce n'est que des heures plus tard qu'ils se rendirent compte que leur camarade avait disparu.
[...]

Après avoir cherché longtemps, ils finirent par decouvrir les os de leur camarade, à l'ombre d'un arbre et recouvert de feuilles. Son heure avait sonné parce qu'il n'avait pas su préserver son corps.

Mais on en tira des leçons. Il est important de manger, même pauvremet. Il faut se couvrir même si nos vêtements sont reprisés et porter des chaussures même si ce ne sont que des espadrilles, il faut aussi porter un chapeau pour se protéger du soleil, même si c'est un vieux chapeau.
Si nous voulons rester vivant, il nous faut prendre soin de notre corps.


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11 septembre 2007

A propos de JMG Le Clézio

La fête chantée et autres essais de thème amérindien
JMG Le Clézio
. Ed Le promeneur. Prix littéraire Prince Pierre de Monaco 1998

Nommer les dieux, c'est prendre possession de la Terre, l'arracher du néant de l'incompréhension.

Nommer les dieux, c'est être absolument humain.


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