Estrella Oscura

Billes Solaires

15 novembre 2007

Poème chinois

Froide nuit
Jie Xi Sī (1274 – 1344)


Entre les étoiles éparses gel et givre emplissent l’espace,
Baignent la lune, détrempent les arbres si peu.
Dans la maison vide, quelqu’un ne dort pas ;
Par moment, un bruit : une feuille chute.

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10 novembre 2007

De la perméabilité aux flux du monde

Il est des jours où je tombe, je glisse et m'ennuie.
Mais je tombe tout doucement comme sur une pente très douce, sur une couverture de laine ou en velours.
Un retour au ventre de la mer, ou un morceau de nuage.
Une chute un peu comme un envol et l'étreinte de l'air autour se fait caresse douloureuse mais caresse toujours.

Tout me traverse et fuit et, tandis que mes sens sont perméables aux flux du monde, il en passe parfois de si forts, qu'il ne me parait possible d'en goûter que le flottement froid qui submerge, une vacante désespérance.

Ainsi que tout le reste, mon identité flotte et s'évapore dans le flux perpétuel. Un nom n'a plus de raison d'être, de pouvoir quelconque, il n'est que l'effort vague pour pêcher ce qui ne peut l'être.
Je n'ai donc plus du nom, et de même, les noms de tous s'en vont.

Etre si avidement perméable me soumet au danger de la noyade. Ces vagues de sensations qui animent et bercent mes secondes, les illuminent même bien souvent, peuvent être de bien cruelles ennemies : Ici, lorsqu'une tempête fait rage soudain et que le silence roule avec fureur l'écume de ses profondeurs, alors je ne suis plus qu'un grain de sable impuissant, perdu dans le mouvement abyssal.

Et ce devient une errance très douce. Il n'y a pas de douleur fulgurante, avilissante, acharnée. Le flux m'entraîne, soumettant ma volonté à sa force motrice.
J'ouvre la fenêtre avec le geste bleu du matin, écarte les rideaux.
Fais chauffer un thé.
Evolue dans les rues. Vogue, flotte.
Je me sens à peine.
Je me sens ne pas être.

"Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself"

Je me sens d'humeur à m'envoler et depuis ce matin, cettephrase me trotte dans la tête en rond.
En rond, elle tourne, me fascine, aère d'aucunes des formes vivantes alentours. Qui est là, qui ne l'est pas. Cette phrase, la sournoise, me caresse.

"And then, thought Clarissa Dalloway, what a morning - as if issued to children on a beach.
What a lark ! What a plunge !"

Seulement ça : What a morning !
Qui se lève puis se baisse inlassablement.
Et de même à l'image du temps, je m'étire, m'élève pour retrouver ensuite le bas.
Rien ne dure pourtant. Pas même le bas.
Et ainsi, à nouveau l'élévation prochaine.
Le jeu de yoyo incessant.
Equilibre, équilibre. Toujours et le plus dur.

Mais ce bas, qui revient assidu, ne glisse-t-il pas en moi, à force de retour, des souffles froids qui s'emprisonnent profondément ? S'attachent à mes os et les glacent ?
Me donne le goût terrible de la submersion, de l'oubli de soi dans ce qui n'a ni goût ni odeur, dans la futilité de l'existence.
L'addiction à la mer ; à l'évanouissement.
Je ne suis peut-être plus tout à fait une femme en certains jours mais deviens ce flux qui me noit.

"She sliced like a knife through everything ; at the same time was outside, looking on. She had a perpetual sens, as she watched the taxicabs, of being out, out, far out to sea and alone ; she always had the feeling that it was very, very dangerous to live even one day"


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09 novembre 2007

Fragment poétique

Tu veux te noyer ?
Aussi, jette-toi à l'amer
du fruit et de ses fureurs


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Fragments poétiques

La colonne se tord nue
mue par une force qui la dépasse,
la perce.
Rien ne se voit à la surface.

Le fil est là

*

Glace chaude. Fusion crachée!
A s'en frapper la tête
contre le mur de la cathédrale


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Fragments poétiques

Nous nous entendons rire l'un l'autre
Tandis que tu es absent
Lorsque la fleur se referme sur le silence,
l'eau que tu verses ailleurs

*

Elle poursuit la boucle immuable
à son tour,
sale l'heure sombre
des rêves d'amants

*

Rien qu'un caprice à ta santé :
Le liquide que je bois
me rappelle ton liquide

*

Dans le centre, tout est éteint
ou presque :
Il  y ce point là qui reste


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08 novembre 2007

Fragment poétique

Aujourd'hui encore,
mon corps ceignant le monde,
je monte sur le pont
où nous hèle le feu


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Fragments poétiques

Je m'endors sous sa voûte noire.
Son corps que j'ai choisi
respire déjà l'absence morte

*

La demi-pénombre acérée
ramène le fer sur ma peau froide :
Toujours, le corps sait

*

L'orée de sa route d'eau
jaillit du trou clair :
Une fleur mouillée d'un ver droit

*

La plaque de bois noir
du ciel imperturbable
s'enroule d'écharpes tristes


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07 novembre 2007

Fragments poétiques

De quelque pénombre froide
que je creuse acharnée
J'entends toujours le miel
du bout des doigts

*

Je trépasse secrète à Tes Pieds
dans les yeux gris d'un voyageur
Puis nais ailleurs :

Voici cinq oiseaux


Posté par estrella oscura à 07:31 - Billets Mercuriens - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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