Estrella Oscura

Billes Solaires

29 septembre 2007

Fragments poétiques

Je maintiens difficilement l'extase encore mais je saisis une conscience. Ce soir, je frotte. Quelque fois

*

Odyssée de l'albâtre Géante
feuille pleine à la ceinture
Une marrée montante d'alchimie diaphane

*

Je file ma colonne en fil de fer sans plus de briques à trou ;
Boue bleue je deviens doucement


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Haïku II

La plaie râle qui se
Chagrine à souvenirs
C'est fou de pensées

*

Tiens sous la lune pleine
Je bois un flou mais où
boit l'ombre rousse


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24 septembre 2007

Fragments poétiques

Naturellement meurtrie son odeur de chlore, Il
s'allie comme de rien
A la paroi dégrisée Mais

Tout vient d'elle où ne va pas

*

La verticale exactement frise la folie de ma bouche
à la bouche de peau

*

Traces aux lignes de Dieu et cette curieuse transcendance fuit par les pores roussis de la bête Vie exactement là


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23 septembre 2007

Fragment poétique

A l'air, Ile
Crois que tu vas mourir Sur l'absence
Sous le soleil d'une nuit tombe


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22 septembre 2007

A propos de Li Po II

Ivre de Tao : Li Po, voyageur, poète et philosophe en Chine, au VIIIe siècle
Daniel Giraud, Coll. Spiritualités vivantes, Ed. Albin Michel

J'ai bâti ma maison parmi les humains
Mais nul bruit de cheval ou de voiture ne m'importune.
- Comment cela se peut-il ?
- A coeur distant, tout lieu est retraite,
je cueille des chrysanthèmes sous la haie de l'Est,
je contemple paisiblement la Montagne du Sud,
Le soir, l'air des cimes est doux,
Un à un les oiseaux y retournent.
Là est là vie véritable,
Ineffable.

Tao Yüan Ming

*

Le grand Phénix a pris son vol- ébranlant l'octuple univers ;
Mais au coeur du ciel il défaile- ses forces ne le soutiennent plus.
Le vent qu'il laisse stimulera- dix mille générations :
Naviguant vers le mûrier solaire- il pend sa manche à un rocher.

Dernier poème de Li Po


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21 septembre 2007

Mettre à distance, Etre Humain

L'Icone m'apparaît comme une médiation, le moyen de réfléchir sur l'immanence et la transcendance tout à la fois, de vivre et de se créer humain.

Exploiter l'image, nommer les dieux et les placer à distance necessite la pleine acceptation de son humanité, dans ce qu'elle implique de finie face à l'infini. Non comme une fatalité,  ou un engourdissement agréable dans la médiocrité mais bel et bien une lucidité.

Le refus de mettre à distance pour comprendre, au nom d'une proximité fulgurante n'est que le reflet d'un amour narcissique, cette envie passionnée de fusionner avec Dieu (Le Monde, l'Ordre premier, l'Un, le Néant, le Chaos, Mouvement Perpétuel, Ce qui n'est pas et qui engendre pourtant ce qui est, appelons-le comme bon nous semble) devient futile et égotique. La lucidité d'être met précisément l'égo à mal, le tire par l'oreille pour lui indiquer la réalité. Tu n'es pas Dieu, et ce désir de transcendance pure place l'être dans l'inconfort de n'être pas Dieu mais de n'être pas humain non plus, détaché de ce qui fait son humanité et le relie aux autres. Et il ne vit plus, il survit dans l'opacité et l'absence de repères au monde.

*

La colonne vertébrale fait l'Homme. Il n'y a pas de pur esprit, il n'y a pas d'accession à une pure transcendance possible. Si esprit il y a, vivant, gonflant sous le souffle impétueux de l'existence, c'est tenu par la colonne élancée, tendue vers le haut et reliée à la terre, au physique, à la matérialité de l'être.
Par la colonne et la manière de se tenir, de se mouvoir, on voit l'être, on le lit comme un livre ouvert. La colonne est force et faiblesse, force car elle fait vivre, et faiblesse dans ce qu'elle est vrillée ou malhabile, douloureuse ou imparfaite ;  son impossibilité chez tout un chacun à être parfaitement droite et stable est expression de la fragilité d'être.

*

Accepter la dualité entre le fini et l'infini, la force et la fragilité. Être homme, c'est être le lien entre la poussière et l'esprit.

*

Je m'ébats entre l'azur et le feu.

Ici présente.


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19 septembre 2007

Haïku

Chat ce soir nuit bleue
Je te lèverai, Si
Je suis la maîtresse


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18 septembre 2007

Morceau ETC - Aquarelle

Ligne directrice : Un titre : Aquarelle, et Neuf mots à placer : herbe, allongée, bottes, épée, chapeau, glace, mouillée, mordue, ongles.

Proposition que je trouve personnellement sacrément mièvre et éculée (le titre, les mots) mais c'est le défi du matin qu'essayer d'en faire quelque chose.


De N., il n'en est plus question. La voûte allongée sur l'herbe : le ciel est bas comme un couvercle sur l'atmosphère tendue d'une mauvaise toile de Manet ; elle s'amuse ici puis là à dégraffer un coquelicot. Un bouton rouge ou d'or piétiné au talon, mis au chapeau.
Il n'est plus question de N. car un horizon s'ouvre plus mordu dans la vallée : Je détiens la botte secrète d'Agathe.

Agathe, esprit-bille, écrit de tout, surtout de lourdes chroniques déconcertantes dans tel magazine, sur la femme et ses caprices. Ici, la chevalière en culotte, son épée aux doigts de rose, elle rédige je ne sais quel morceau futile sur la nature anguleuse du sucre glace que je lèche sur sa peau frémit et tourne. Ces ongles ne peuvent rien aggripper que l'absence d'amour : tout ici à la couleur scabreuse de la fuite, de l'échappatoire nu où je m'emploie à écarter la mièvrerie évidente du romantisme.

Il n' s'agit pas de tremper le poil pour brosser l'aquarelle de la beauté. Je ne veux plus penser à N., tout ceci est terminé. Tu es mouillée, et c'est tout ce qui compte.


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17 septembre 2007

A propos de Michel Leiris II

L'âge d'homme
Autobiographie de Michel Leiris

Reprises des Impressions en vrac

A travers cette extrême lucidité point une posture de torrero comme il l'explique dans sa préface. Signe d'un profond narcissisme, d'une mise en scène travaillée où il est celui qui brille. Narcissisme dans cet attrait pour la gloire, gloire qui vient d'une vraie mise en danger (de mort pour le matador), une exposition à l'incertitude, une prise de risque. Besoin de sentir que tout peut s'écrouler pour se sentir vivre.

Goût d'un tragique folklorique dans la peur de la mort.
Angoisse et attirance : Michel Leiris est un sociopathe profond, incapable d'apprécier ce qu'il a s'il n'a pas conscience et ne sent pas à chaque instant qu'il peut le perdre. Pas d'émotions simples, tout doit être éclatant (dans le bon ou le mauvais), sensation violente, toujours en recherche. Jamais satisfait, jamais comblé. Rejoint l'idée de combler, nier l'impossible.

Conscience de sa faiblesse face à la vie, aux choses de la vie, aux relations. Passivité, absence de souffle de vie, d'émotions. Il tente de dépasser cette faiblesse à travers cette posture d'écrivain comme toréro : Affirmer sa faiblesse, sa bassesse est se mettre à nu, dans une posture dangereuse face à autrui, qui lui donne un bref instant la sensation d'exister.

Littérairement, Michel Leiris est novateur dans son approche de l'autobiographie et crée des liens entre vie et art absolument déroutants et savoureux. Sa prose est lumineuse.

Humainement, Michel Leiris est pourri de l'intérieur, totalement lâche et presque détestable. L'archétype de looser, en fait, qui s'est fourvoyé dans une idée d'opéra de l'existence pour n'être finalement qu'un bloc de pierre sans vie véritable.

La force de son art sublime la bassesse de son être.


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Abigail et les chats noirs

Conte pour enfants


Le matin, lorsque le ciel est encore noir à travers les volets, comme une mare de pétrole, un marc de café, comme une bille d'encre, Abigail rentre la tête sous la couette et ne veut pas se lever.

Elle a envie de dormir encore très longtemps car dans le sommeil, elle n'a pas mal.

Pourtant, sa maman ouvre la porte et les volets. Elle lui pose un baiser plein de lumière du jour sur le front.
- Il faut se réveiller ma chérie. Tu as école aujourd'hui et l'aurore pointe son nez.

Dans la salle de bains, Abigail se regarde. Elle a une grosse boule dans la gorge. Mais chut, c'est un secret, il ne faut pas le répêter. Une boule de chats noirs qui ronronnent et se frottent le museau. Parfois, ils jouent et donnent des coups de griffes, alors n'importe quand, la boule dans la gorge se serre et se tort et lui fait très mal.
Abigail n'en dit jamais rien. Il ne faut pas le répêter... Elle pense qu'ils partiront tout seul un jour.
Abigail met un gros noeud dans ses cheveux et des bracelets pleins de couleurs pour l'aider à cacher son secret.

Au petit-déjeuner, sa maman lui demande :
-Qui a-t-il ce matin ? Pourquoi ne parles-tu pas ?

Sur le trajet pour aller à l'école aussi, et pour les anniversaires.
-Pourquoi ne parles-tu pas, Abigail ?

Abigail ne veut pas que les chats noirs fassent fuir les gens autour d'elle. Qu'ils prennent peur. Dans sa gorge, ils allument la lumière, une lumière très vive et lorsqu'elle ouvre la bouche, des rayons s'échappent. Abigail ne veut pas qu'on la trouve bizarre ou qu'on la rejette.
C'est pour ça qu'Abigail ne parle pas.

*

A l'école, Abigail regarde la maîtresse attentivement. Elle a de petits yeux fins et étirés qui essayent de percer sa carapace et de drôles de cheveux presque rouges.
Abigail en a un peu peur.
Quand elle se penche près d'elle, elle sent les marrons chauds.

Parmi ses camarades, il y a Audrey avec de grandes couettes sur les oreilles, Lucie et sa cascade blonde dans le dos. Il y a aussi Edouard et puis Antoine qui emmène toujours une part de gâteau au chocolat pour le goûter. Mais Abigail ne leur parle pas, et elle les regarde jouer.

Les jours ainsi se passent. Les chats grandissent, ils lèchent longuement leurs poils soyeux dans la gorge d'Abigail, ils jouent au poker et regardent même la télé. Abigail veut de moins en moins se lever, l'aurore aux doigts de rose ne l'amuse plus. Les chats n'ont pas l'intention de partir tout seul. Mais comme toujours, elle ne parle pas. Chut, c'est un secret ! Il ne faut pas le répêter.

*

Et puis un lundi matin, à la récréation, Audrey s'approche d'elle.
-Tu veux jouer avec nous ? Et elle lui tend la main.

Abigail lui rend un sourire et accepte. Antoine devient un loup facétieux qu'il faut attraper et tous courrent à perdre haleine dans la forêt imaginaire de la cour. Abigail est heureuse de se lier aux autres, prend plaisir à partager.
Les enfants rient follement et Abigail, soudain, éclate de rire à son tour. Sa bouche s'ouvre grand et un chat noir s'en échappe en courant et s'éloigne très loin, jusqu'à ne plus être vu, n'être plus qu'un point invisible dans les souvenirs. Abigail est étonnée mais les enfants la regardent sans crainte ni reproche et rient à nouveau. Alors elle rit aussi, et un autre chat noir s'en va. Puis plusieurs. Les enfants n'ont pas peur, ne la trouve bizarre. Ils s'approchent d'elle et sont contents.

Petit à petit, à force de rire, tous les chats noirs filent et s'effacent.
Pourtant, ils ont laissé la lumière allumée. Ils ont été si effrayés par le rire qu'ils n'ont pas pensé à l'éteindre avant de prendre la fuite. Lorsqu'Abigail rit, des rayons éclairent et caressent. Les enfants aiment s'y réchauffer. Abigail n'a plus de boule dans la gorge, elle est lumineuse.

*

A présent, le matin, lorsque le ciel est encore noir à travers les volets, comme une mare de pétrole, un marc de café, comme une bille d'encre, Abigail saute de son lit et ouvre grands les volets pour sourire à l'aurore.
Abigail n'a plus du tout envie de se cacher. Elle se sent bien comme une fleur au milieu d'autres fleurs.



Posté par estrella oscura à 11:17 - Billets Mercuriens - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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